Comment tout a commencé…
Si quelqu’un nous avait dit 3 ans auparavant que nous aurions laissé nos carrières professionnelles dans de grandes entreprises pour un voyage dédié au développement durable, nous ne l’aurions sans doute pas imaginé ! Nous, c’est Franck, un français de Lyon et Joanna, une germano-polonaise de Lodz dans la trentaine. Comment un couple de citadin standard avec des métiers tout à fait classique (contrôle de gestion et communication)….et de surcroît pas forcément écologique, peuvent-ils en arriver là ? Que s’est-il passé ?
Tout a commencé avec un film dont tout le monde a entendu parlé : « Une Vérité qui Dérange » (2006) de Al Gore. En sortant de la salle de cinéma, nous nous sommes demandés pourquoi la majorité des gens ne réagissent-ils pas face à tous les horribles scénarios du changement climatique ? Pourquoi notre société a oublié la manière dont nous pourrions vivre en harmonie avec la nature ?
Nous avions commencé à nous pencher sur cette question en lisant de nombreux livres de Hervé Kempf à Nicolas Hulot…et ensuite la crise financière a frappé ! Nous appartenons à une génération qui a toujours fait partie d’un système reposant sur la recherche de la croissance perpétuelle….nous avons réalisé que nous vivions dans un système terriblement faible. Commençant à réfléchir à notre avenir et à chercher des alternatives, nous sommes tombés sur le premier éco-village en Belgique : Kasteel Nieuwenhoven à Sint-Truiden. Travaillant quelques jours comme volontaire dans cet éco-village, nous pouvons dire que nous avons vécu une expérience humaine extraordinaire avec une communauté de gens proche de la nature, généreux et plein d’enthousiasme. En revenant dans notre quotidien de citadin, nous avons réalisé à quel point notre vie urbaine semblait bien pauvre et vide de sens. Quelques discussions et nuits blanches plus tard, notre décision était clair : nous voulions changer notre vie, et bien plus que cela, nous voulions faire découvrir aux autres que cela vaut la peine de vivre plus proche de la nature et que des alternatives existent pour une vie durable ! Notre idée: un projet de tour du monde nous permettant de rencontrer des projets et des personnes qui font germer une société durable, en partageant leur quotidien dans le travail et l’échange.
Les préparatifs du voyage et la naissance de notre association
Quelles ont été les conséquences de cette décision sur notre quotidien? Il fût nécessaire de réduire notre niveau de vie afin de commencer à économiser pour ce projet : déménager dans un logement plus petit, diminuer notre consommation d’énergie et d’eau…et nous amenant doucement à nous pencher sur le thème de la décroissance. On se rend compte alors à quel paroxysme l’accumulation matérielle est poussé dans notre société, c’est pourquoi nous avons décidé de nous délester en participant activement à de nombreuses brocantes et en éliminant nos achats impulsifs. Décidant de manger plus sainement mais moins, l’achat de fruits et légumes des paniers bio était une évidence. L’heure du départ se rapprochant, Franck a demandé un congé sabbatique auprès de sa banque, et Joanna n’a pas renouvelé son contrat de travail. Enfin, pour arriver à monter de toute pièce notre projet, il nous a été nécessaire d’acquérir de nouvelles compétences jusqu’ici méconnue: construction d’un site internet, apprentissage de l’espagnol, de la photographie et du montage vidéo, création et gestion d’une association …
Nous avons donc créé, en Septembre 2009, l’association « Organicvision pour une société durable » qui s’est fixé pour objectif de diffuser des « connaissances sur la multiplicité des pratiques et des modèles de vie équitable » essayant de « convaincre le plus grand nombre de la nécessité de passer à l’acte » et ainsi « contribuer au changement des comportements » dans une « logique de coopération » (extrait des statuts fondateur de l’association « Organicvision pour une société durable »). Des exemples qui vont vous encourager à apprendre sur la manière dont vous pouvez prendre un chemin qui va vous faire utiliser la force de la nature qui est en vous et autour de vous…
La dernière ligne droite
Ainsi, nous débuterons notre parcours en août 2010 pour une période de 12 à 18 mois sur 5 continents, et nous vous ferons découvrir, à travers articles, vidéos et photos: la permaculture, les villes en transition, les éco-villages, l’éco-construction, l’herboristerie, le commerce équitable…et rencontreront les acteurs qui initient le changement à travers leurs projets.
Avant de quitter notre vie en Belgique à la fin juillet 2010, nous avons participé à ce qui fût pour nous des formations de transition, comme l’atelier découverte des plantes sauvages comestibles à la ferme d’Uccle (Asbl Tournesol), comme le stage Techniques Solaires de l’asbl Ateliers de la rue Voot à Bruxelles avec l’auto-construction d’un chauffe-eau solaire, et comme le stage « Sur-Vivre dans la nature » organisé par l’Aquascope de Virelles nous permettant de rétablir le lien profond qui nous lie à la nature.
L’exploration d’un ancien et d’un nouvel éco-quartier
La première étape de ce périple nous a permis d’explorer l’éco-quartier Vauban à Fribourg (Allemagne) afin de comprendre comment cette ville est devenue la capitale verte de l’Allemagne et la ville européenne 2010 du développement durable urbain. Hébergé au cœur même de l’éco-quartier Vauban, notre première journée fût consacrée à la découverte des maisons passives développées depuis 1993 sur l’ancienne zone militaire de l’armée française et de la fameuse maison solaire à énergie positive « Heliotrop » construite par l’architecte allemand Rolf Disch. Le lendemain matin, le Professeur Wulf Daseking, Directeur de la planification de la ville de Fribourg depuis 20 ans, nous expliqua comment la révolution verte opéra en réaction à la crise énergétique de 1973 et face à la crise de Tchernobyl de 1986. A partir de cet instant, la décision fût prise de développer les énergies alternatives et de mettre en œuvre l’idée de ville compacte.
Toutes les maisons du quartier Vauban fonctionnent à l’énergie solaire et certaines sont mêmes des maisons à énergies positives, produisant plus qu’elles n’utilisent! De plus, presque toutes les maisons ont un toit vert, où certaines ont installé des terrasses communes pour profiter de la vue splendide sur les collines de la Forêt Noire. Il n’y a pratiquement pas de voitures, car tout le monde a une distance maximum de 350m pour aller au tram ou au covoiturage. En outre, les personnes qui possèdent une voiture doivent payer 50.000 euros pour acheter un terrain de stationnement dans le parking public, tandis que les personnes sans voiture se contentent de payer 3.000 euros!
Vauban est aussi un exemple de personnes engagées dans leur vie communautaire: chaque maison a été construite comme le bien commun d’un groupe de personnes. Il y a un magasin local de vente de produits bio qui est détenue en partie par la population locale. Il existe également de nombreux groupes de travail participatif sur l’éducation, la culture ou l’énergie. Les nombreux espaces verts à Vauban incluant des éléments inhabituels comme un four à pizza, par exemple, sont le résultat d’un groupe de travail local. Nous recommandons la visite de Vauban!
Nous nous sommes ensuite dirigés vers Lyon (France) où le nouveau quartier durable Confluence se construisait et entrait dans sa seconde phase. Les visites n’ayant pas débuté, il fût difficile de se faire une opinion (favorable), en découvrant un ensemble bétonné qui ne nous parut pas refléter les constructions durables que nous imaginions. Nous reviendrons dans un an pour voir la suite du chantier et évaluer le concept de la ville durable selon la ville de Lyon.
A la découverte des plantes médicinales
Le projet suivant amena nos pas au sein du Monastère des Bénédictines de Niederrickenbach (Suisse), perché à 1160m d’altitude, afin d’en apprendre plus sur les plantes médicinales traditionnelles. Depuis 1914, ce monastère a développé l’art et la manière de fabriquer du thé à base de plantes médicinales récoltées à plus de 900 mètres d’altitude, où ils sont dotés de propriétés anti-oxydantes supérieures.
Nous avons été surpris par l’abondance de la pharmacie de la nature, tout cela sous la supervision de sœur Brigitta, 66 ans, un sourire chaleureux et une énergie incroyable, seul détentrice de ce savoir-faire si précieux. Quand elle a commencé en 1981, il y avait 60 religieuses, maintenant il n’y en a plus que 15. Ainsi, ils accueillent 2 à 3 bénévoles chaque semaine pour s’occuper de la production intensive qui a lieu durant la saison des herbes d’avril à septembre. Durant cette semaine, dans un paysage de montagne à couper le souffle, nous avons ont pu parcourir l’ensemble du processus de fabrication de tisanes à base d’herbes médicinales sauvages : cueillette à la main, préparation et découpage des plantes à la main ou grâce à une machine centenaire, séchage dans les charpentes en bois du monastère, ramassage méticuleux à la main et trie, mélanges des plantes, bénédiction et emballage des différents médicaments naturelles ainsi constitué enchanté par leur multitude d’arômes, de formes et de couleurs.
Sœur Brigitta appelle les herbes d’alpage simplement «pharmacie de Dieu”. Dans son royaume, dans les grands greniers du monastère, elle a beaucoup de caisses en bois remplies de toutes sortes d’herbes: contre la toux ou l’asthme, pour les plaies, coupures et des écorchures, contre les crampes abdominales et la constipation : Soeur Brigitta les connaît tous. Un jour, notre joyeuse sœur Brigitta nous montre sa petite bibliothèque avec toutes sortes de livres sur l’herboristerie, la botanique et de jardinage. Nous apprenons que dans le jardin du monastère, ils utilisent l’eau d’ortie cuite comme engrais et comme pesticide: 500g d’orties sont mises dans 5 litres d’eau. Après 10-20 jours, vous avez besoin de filtrer l’eau, de sortir les plantes, puis de diluer l’essence dans 1:20 d’eau. Sœur Brigitte utilise également un compost d’herbes pour protéger le sol du jardin pendant l’hiver.
Ils prient pour que Dieu les envoie un successeur. Lorsque vous quittez Niederrickenbach, nous sommes convaincus: Les monastères sont des lieux de beauté avec de nombreux secrets et des connaissances uniques. Espérons qu’ils ne seront pas perdus !
Les prochaines étapes du projet : éco-construction et permaculture
Actuellement, nous participons pour une durée de 3 semaines à un cours de design en permaculture donné par Bernard Alonso et en éco-construction auprès de l’éco-centre du Périgord (France). Le passé, qui a beaucoup à nous apprendre sur notre futur, nous a auparavant rattrapés au chantier de Guédelon (France, région Bourgogne) où l’on utilise les techniques de constructions médiévales pour reconstruire un château du moyen-âge. Nous parlerons plus précisément de nos expériences de permaculture et d’éco-construction dans notre prochain article.
Nous sommes à la recherche de sponsors et de supporters (devenez membre de l’association !) pour supporter notre démarche volontariste et ambitieuse. Si vous vous reconnaissez dans notre vision, si vous avez des questions ou des remarques, si vous voulez en savoir plus sur notre projet…un seul chemin : notre site internet http://www.organicvision.org ou par email info@organicvision.org .
Vous aussi, passez à l’action ! Faites germer le changement dans ce monde !
De Joanna et Franck Marion
Paru dans Valériane (Nature et Progrès Belgique): natpro 10_31
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